« FinTech » : attention au retour de bâton

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Les géants de la banque et de l’assurance, entre autres, se ruent depuis plusieurs années sur de jeunes pousses de la finance, comme Leetchi (Arkéa) ou Le Pot commun (BPCE) par exemple. Problème : selon le Forum économique mondial, cet appétit démesuré présente « un risque systémique pour l’économie ». Et pas seulement…

C’est bien connu, les investisseurs patentés raffolent de toutes les nouveautés qui s’offrent à eux autour du globe. Davantage encore quand la cible de leurs placements touche aux outils numériques et se farde d’une contraction de deux mots en guise de nom. La « FinTech », terme issu de l’union entre « finance » et « technologie », attire ainsi depuis plusieurs années les géants de la banque et de l’assurance. Qui voient dans cette matière aux accents disruptifs et digitaux une source de profits sûrs et conséquents à venir.

Depuis le rachat en 2015 de la cagnotte en ligne Leetchi par le Crédit Mutuel Arkéa (CMA), les acquisitions et autres sorties d’argent pleuvent sur le petit monde des jeunes pousses de la finance. La solution de paiement à plusieurs Le Pot commun et la banque en ligne Fidor seront elles aussi rapidement « mangées » par un autre grand nom du secteur, la Banque Populaire Caisse d’Épargne (BPCE). Avant que le « service bancaire alternatif » Compte-Nickel n’entre quant à lui sous le giron de BNP Paribas.

Soupçons d’irrégularités

Désormais, il est établi que ces grands groupes considèrent les start-up comme partie intégrante de leur stratégie (de R&D et d’innovation notamment). Après quelques réticences, ces derniers ont fini par voir dans ces petites structures où le tâtonnement est permis — mais également la réussite —, de juteuses opportunités. « Au départ, les grands groupes riaient des start-up, maintenant ils s’y intéressent, car les start-up autorisent le droit à l’erreur, au pivot, à l’innovation », constatait ainsi Alain Clot, président de l’Association France FinTech, l’an dernier.

Oui, mais voilà. Comme l’a rappelé le Forum économique mondial (FEM), cette vague de nouveaux acteurs estampillés FinTech, comparée non sans mémoire douloureuse à la « bulle » des subprimes qui a explosé aux États-Unis en 2007, présente un « risque systémique pour l’économie ». Entre le transfert du risque au consommateur final dans le cadre de prêts alternatifs, le trading à haute fréquence, l’absence de régulateur institutionnalisé et, par conséquent, l’amplification des actions illicites, les côtés sombres de cet engouement FinTech sont légion.

Et, déjà, certains acteurs déchantent. Alors qu’elle avait pour ambition de devenir « l’Amazon de la banque en Europe », la jeune pousse Ipagoo, avec son service bancaire sur smartphone, a suspendu brutalement ses services en août dernier. En cause : des soupçons d’irrégularités liées au cantonnement des fonds clients qui ont conduit le gendarme financier britannique (FCA) à lui interdire toute activité régulée ainsi qu’à exiger de la start-up qu’elle « rende aux clients leurs avoirs le plus tôt possible », puisqu’ils ne peuvent de toute manière plus s’en servir.

Arkéa, le numérique au détriment de l’humain

« Été à risques pour les maillons faibles de la FinTech européenne », pouvaient dès lors judicieusement titrer Les Échos il y a quelques semaines. Risques, non seulement, pour les jeunes entrepreneurs, mais également pour les acheteurs — les grands noms de la banque ou de l’assurance donc — qui pourraient se perdre en chemin ; mettre des billes dans la FinTech au lieu de financer leurs activités historiques, pour finalement se « casser la figure », en cas d’explosion de la « bulle » ou du défaut de leurs précieuses start-up.

En Bretagne, la gronde a déjà sonné chez Arkéa, qui cherche à s’émanciper de sa maison-mère (le Crédit Mutuel) tout en investissant dans les jeunes pousses de la finance. « Quid de l’impact du digital sur nos clients et les salariés ? », s’interrogeaient d’ailleurs les syndicalistes de la banque dans l’éditorial du « numéro estival » de leur magazine interne. Car la réorientation de leurs investissements par les grands groupes a bel et bien des conséquences directes sur la population. À Locmaria-Plouzané (Finistère), par exemple, les quelque 5 000 habitants n’avaient jusqu’à récemment plus de distributeur automatique de billets, Arkéa ayant choisi de le supprimer…

Depuis 2013, le Crédit Mutuel Arkéa a fermé pas moins de 67 points de vente dans les 4 départements bretons. « Et ce n’est malheureusement pas fini », déplorent les syndicalistes, tandis que 12 fermetures au moins sont d’ores et déjà programmées. « Voir sa banque de proximité fermer n’envoie pas un message positif à la clientèle », affirment-ils. Ni aux salariés, dont le nombre a chuté, entre 2015 et 2018, de 114. Sur la même période, le groupe s’intéressait davantage à ses investissements qu’à sa masse salariale. Attention, néanmoins, au retour de bâton FinTech.