2020, année noire pour Carrefour ?

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Le groupe Carrefour devrait continuer de payer les erreurs stratégiques de ses dirigeants successifs, si rien ne change en 2020.

Le bilan 2019 des parts de marché est tombé comme le couperet de la guillotine mi-janvier pour le groupe Carrefour. Alors que les distributeurs indépendants comme Lidl ont connu une belle progression cette année avec une croissance de 0,4% de part de marché pour ce dernier, le groupe Carrefour a quant à lui reculé de 0,4% dans la même période, passant à 19,9% de part de marché. De mauvais chiffres, dus en grande partie à la désaffection croissante des hypermarchés qui pèsent pour moitié dans le chiffre d’affaires du groupe.

Le groupe basé à Boulogne-Billancourt paye ainsi les erreurs de vision et de stratégie au cours de la dernière décennie de ses quatre derniers dirigeants (un record en termes de turn-over patronal), qui ont trop tardé à faire pivoter le core business du groupe. Faute de grande inflexion stratégique, la descente aux enfers devrait donc se poursuivre en 2020 pour l’ancien n°3 mondial de la grande distribution, qui, en passant sous la barre symbolique des 20% de PDM, apparait de plus en plus distancé par E.Leclerc (21,6%) et se trouve désormais talonné par Intermarché (15%) dans son pré carré hexagonal.

Alexandre Bompard, le sauveur providentiel de Carrefour, est-il condamné à échouer ?

Appelé pour contenir l’hémorragie, Alexandre Bompard, qui entame sa 3e année à la tête du groupe, demande encore un peu de temps avant de lancer « l’acte II » de son plan de transformation annoncé en janvier 2018. Celui-ci s’est en grande partie résumé à ramener l’effectif du groupe à sa juste proportion, celle d’un distributeur déclinant, via des plans de départs volontaires successifs dans ses hypermarchés. Des mesures de cost killing et de plans sociaux destinées à sauver la rentabilité financière d’une entreprise en perte de vitesse, mais insuffisantes à faire entrer celle-ci dans les années 2020. Et ses premiers pas d’investisseurs, que l’on pense notamment à Showroomprivé n’ont pas été concluants. Quand le groupe d’Alexandre Bompard prend 17% des parts de Showroomprivé, dans le cadre d’un partenariat stratégique, l’action de la société qui est alors le deuxième acteur européen de la vente en ligne, connaît une embellie (+65% le 12 janvier 2018), avant de voir sa valeur fondre comme neige au soleil. L’avertissement sur résultat annoncé en juin 2019 n’a, au demeurant, guère contribué à ramener la confiance des investisseurs à l’égard de la société. Le titre s’échange aujourd’hui aux alentours d’un euro sur la place de Paris.

Encore un peu de temps sera-t-il suffisant pour essuyer les plâtres de ses prédécesseurs ? Leurs impérities ont déjà coûté cher au groupe, à l’instar du site marchand Rue du Commerce qui n’a jamais rapporté le moindre euro de bénéfice au groupe depuis son acquisition en 2015. De même, le rachat à prix d’or de Dia en 2014 s’est soldé par un accident industriel dont le groupe a continué de payer les pots cassés pendant des années. C’est aussi sans compter sur l’interminable naufrage des hypermarchés, qui pèsent toujours aussi lourds dans le modèle du groupe, et semblent destinés à creuser la tombe de l’ancien leader européen.

Encore un peu de temps sera-t-il suffisant pour changer les choses ? À la tête de la Fnac, Alexandre Bompard s’était surtout montré très empressé, au risque de brûler les étapes. Ayant claqué la porte en pleine fusion entre Fnac et Darty, c’est-à-dire en pleine zone de turbulence, le nouveau PDG de Carrefour est déjà apparu plus soucieux de sa propre carrière de « PDG à 14 millions d’euros » que de la pérennité financière de ses entreprises.

Plus encore que de son modèle passéiste, c’est du manque de vision et de son manque de continuité managériale dont le groupe a pâti jusqu’ici. Plus encore que d’une nouvelle dégringolade dans le classement des distributeurs, c’est du manque de véritable changement dans son modèle que Carrefour risque de souffrir encore cette année. Après 2019, le distributeur peut-il se permettre de connaître une nouvelle année noire ?

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