L’assurance vie peut-elle aider en période de crise sanitaire ?

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Epargne : Assurance vie - ©nattanan23, CC0 Creative commons

Les retombées de la crise sanitaire engendrée par la propagation du coronavirus se font sentir à différents niveaux. Si la majorité des Français se sont mis à épargner plus qu’ils ne consomment, certaines entreprises font face à des problèmes financiers relativement difficiles à surmonter. Chaque entreprise essaie de trouver différentes solutions pour renflouer la trésorerie et survivre jusqu’à la fin de la période de confinement. En effet, plusieurs revendeurs, ou autres PME doivent faire face aux charges de la société en raison de la fermeture des magasins et ateliers. Malgré l’augmentation du nombre de collectes de certains produits d’épargne, certaines personnes se retrouvent dans l’impossibilité de remédier à leurs difficultés financières. La question qui se pose est alors : peut-on se reposer sur son assurance vie dans les cas d’extrême urgence ?

L’assurance vie peut être utilisée en cas de force majeure

L’histoire d’un entrepreneur dont l’entreprise est en difficulté financière a été relatée sur l’émission radio « Club de confinés » de RTL. Le dénommé « Pascal », de Besançon, dans le Doubs, a tenté de débloquer environ 50 000 € des fonds de son assurance vie pour renflouer la trésorerie de sa petite franchise d’ameublement. En règle générale, il est tout à fait possible d’exiger un rachat partiel de son assurance vie dans un délai de 8 à 10 jours. La tournure des évènements actuelle pourrait interférer sur cette période d’attente en raison des dispositions prises au sein des institutions concernées face aux obligations de confinement des employés. Durant l’émission, le maître Noachovitch affirme que selon l’article L132-23 du Code des assurances, il est possible de « demander une avance » sans avoir à aller au terme du contrat d’assurance vie. L’avocate continue en précisant qu’il « s’agit d’un prêt consenti par l’assureur qui ne pourra l’accorder que si le contrat comprend une valeur de rachat, c’est-à-dire la valeur de remboursement du capital en cas de dénouement anticipé du contrat ». Ainsi, l’information importante à retenir est le fait qu’il faut que le contrat d’assurance vie comprenne une valeur de rachat. Les personnes détenant des contrats compatibles avec cette condition peuvent légalement demander un rachat de leur placement de manière anticipée. Le choix d’un rachat anticipé soulève cependant la question de la rentabilité d’une telle action.

Les unités de compte sont fragilisées depuis le début de la crise du coronavirus

L’assurance vie correspond à un placement de long terme. Les durées de détentions longues suivies d’un abattement sur les gains réalisés (4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple à imposition commune) au terme de 8 ans de contrat, sont encouragées par la fiscalité de l’assurance vie. Cependant, en cette période difficile pour l’économie française, les unités de comptes (UC) connaissent des pertes importantes. Le président de la Faider (la Fédération des associations indépendantes de défense des épargnants pour la retraite), Guillaume Prache a déjà tenté de mettre les épargnants en garde :

Dès le mois de décembre 2019, nous disions qu’il fallait faire attention avant de pousser les épargnants à basculer des fonds euros vers les unités de compte.

En effet, en l’espace d’un mois, du 20 février au 20 mars 2020, le CAC 40 qui se cotait à environ 6 100 points se retrouve actuellement à 4 066 points. L’indice du CAC 40 de 26,37 % en 2019 a connu un recul de près de 37,5 % à la date du 20 mars dernier. Malgré l’avertissement du président de Faider, un grand nombre de personnes se seraient tournées vers un contrat d’assurance vie en unité de compte en dépit des risques que cela pourrait représenter pour leur investissement. Effectivement, il aurait été plus avantageux pour les épargnants de ne pas avoir troqué leurs contrats de fonds en euros pour les unités de compte dont la rentabilité dépend des actions, de l’immobilier (SCPI, OPCI), des obligations. Dans les faits, le fonds en euros est moins risqué si l’on ne considère que le fait que le capital soit garanti.

Que faut-il faire pour limiter les pertes et pouvoir bénéficier au maximum de son assurance vie en cas de difficulté ?

Le plus important est d’essayer de diversifier les placements en ce qui concerne l’assurance vie pour limiter les risques. Avant de se décider à vendre des unités de compte, il est indispensable de bien s’informer sur l’évolution future que pourrait prendre la situation. Il faut regarder de près la répartition des investissements par rapport à la situation personnelle et financière du concerné. En effet, un pourcentage minimum de supports risqués à conserver dans les contrats existe :

l’épargnant a la possibilité de mettre la partie en unités de compte sur le fonds euros, mais en respectant souvent un minimum de 25 % en UC

explique François Carlier, délégué général de l’association de consommateurs CLCV. Selon lui, « Les unités de compte que vous conserverez doivent être les plus sécurisées comme les fonds obligataires par exemple » pour atténuer les dégâts.

Toujours selon l’article L.132-5-1 du Code des assurances, l’épargnant qui vient de souscrire à un contrat d’assurance vie en unités de compte a le droit de se rétracter dans un délai de 30 jours à partir de la date de signature du contrat. Pour ce faire, le concerné doit faire part de son désir de se rétracter auprès de son assureur en envoyant une lettre recommandée ou un recommandé électronique avec une demande d’avis de réception. Il faut cependant faire très attention à ce qui sera mentionné dans la lettre, car la différence entre un rachat du contrat et la renonciation peut prêter à confusion. Les répercussions d’une telle erreur pourraient être d’envergure pour l’assuré, car ce sera à lui d’endosser toutes les pertes.

En conclusion, les assurés ont le droit de mettre un terme à leur contrat d’assurance vie de manière anticipée pour racheter leur placement en totalité ou en partie. Cette mesure n’est cependant pas conseillée, car l’épargnant se retrouve perdant à tous les coups.

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