Arkéa : après les règlements de compte, un avenir plus apaisé ?

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Arkéa
Arkéa - ©arkea.com

Le changement, c’est maintenant. À l’instar de Danone, Axa ou encore Unibail-Rodamco-Westfield, la filiale bretonne du Crédit Mutuel vient de voir sa direction changer de visage. Et comme ses homologues, la nouvelle équipe a du pain sur la planche.

Changement de direction

Contrairement à ce que dit la chanson, « ma petite entreprise » peut connaître la crise. Et lorsque celle-ci éclate, quelles qu’en soient l’origine et l’intensité, elle apporte bien souvent son lot de restructurations internes, voire ses fins de contrat anticipées, et par conséquent, potentiellement problématiques. Récemment, le géant tricolore des produits laitiers et des eaux en bouteille Danone en a fait l’amère expérience. Accusé de tous les maux – commerciaux, mais pas que – par le conseil d’administration, Emmanuel Faber, le président-directeur général du groupe, a été remercié en mai dernier pour n’avoir pas su mettre fin à la « crise de gouvernance douloureuse » qu’il avait, selon les argentiers, contribué à créer.

Avant cela, en mars dernier, l’assureur français AXA avait également dû réorganiser son organigramme, en nommant le directeur général de la filiale italienne, Patrick Cohen, directeur général d’AXA France, dont le président-directeur général, Jacques de Peretti, est désormais Senior Advisor auprès du directeur général du groupe pour aider à conduire la nouvelle stratégie du groupe. Enfin, en novembre dernier, le géant français des centres commerciaux Unibail-Rodamco-Westfield (URW) a vu un petit épisode houleux se terminer, en interne, après l’arrivée d’un nouveau conseil de surveillance ouvertement opposé aux choix de l’ancienne direction, priée de faire ses valises. A charge pour la nouvelle équipe de conduire la phase de « transition » sans trop de casse, dans un contexte de crise sanitaire qui n’arrange rien à l’affaire du commerce « physique ».

Cette transition, le Crédit Mutuel Arkéa, la filiale bretonne du Crédit Mutuel, va devoir la conduire à son tour, après les nombreuses polémiques associées à son ancien duo de tête, aujourd’hui remplacé. Mais pas tout à fait oublié. La tâche qui attend Julien Carmona, ex-directeur adjoint du promoteur Nexity et ancien conseiller économique du président de la République Jacques Chirac, notamment, s’annonce assez ardue. La faute aux excès de Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, les anciens président et directeur général de la branche bretonne du groupe mutualiste tricolore, qui ont multiplié, ces dernières années, les décisions controversées, comme le pari de l’indépendance pour Arkéa, que les salariés et syndicats n’ont pas voulu suivre.

Transition pacifique

Un projet qui avait d’ailleurs donné lieu à une « manifestation de banquiers » dans les rues de Paris, en mai 2018, à laquelle les salariés bretons avaient été « invités » à participer par la direction, qui n’avait pas hésité à faire montre d’un « management par la peur » et de « pressions » en tout genre, selon certaines voix dans le cortège. Ce scandale s’était ajouté à celui, révélé par Mediapart, des rémunérations de Jean-Pierre Denis et Ronan Le Moal, qui s’étaient partagés, entre 2010 et 2018, près de 8,2 millions d’euros. Des rétributions illégales, au regard de la loi de 1947 sur le statut des coopératives, qui plaçaient en tout cas le duo au-dessus de certains grands patrons du CAC 40. Duo qui aurait également pu se passer des soupçons de dopage qui ont entouré l’équipe cycliste Arkéa, lors du Tour de France 2020, soldés, pour l’instant, par de simples gardes à vue.

Julien Carmona, tout comme les nouveaux arrivants au sein des entreprises françaises récemment restructurées, doit désormais redorer l’image de la direction d’Arkéa, notamment auprès de ses salariés. Problème, ses premiers pas à la tête de la banque sont, vraisemblablement, loin d’avoir convaincu en interne : alors que sa première sortie médiatique en tant que président du Crédit Mutuel Arkéa a consisté en la promotion, à l’instar de ses prédécesseurs, du très décrié projet d’indépendance de la filiale bretonne, l’ensemble des syndicats de la banque, de la CFDT à la CGT, en passant par la SNB CFECGC et l’UNSA, ont, d’un commun accord, lancé une plateforme revendicative.

Par cette initiative, l’intersyndicale de la banque entend réclamer des mesures salariales « afin de combler le fossé entre les salariés du groupe et la classe dirigeante » ainsi que de meilleures conditions de travail. Et celle-ci d’annoncer la couleur : « l’intersyndicale CFDT, CGT, SNB, UNSA demande à la direction une réponse formelle au plus tard le 15 juin […] après cette date, l’intersyndicale prendra ses responsabilités », peut-on ainsi lire sur le communiqué annonçant la création de la plateforme.

Si Julien Carmona n’arrive donc pas en terrain conquis, l’homme semble être à la hauteur des enjeux auxquels il doit faire face. A la condition néanmoins que celui-ci opère un virage à 180 degrés par rapport à la politique de l’ancienne direction de la banque mutualiste bretonne.

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