Crise en Angleterre : rien ne va plus pour les fonds de pension !

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Fonds investissement

Les ventes forcées de fonds de pension britanniques se poursuivent. Tous les actifs qu’ils pourraient avoir dans leur portefeuille sont sous le feu des projecteurs. Certains fonds immobiliers ne peuvent plus remplir les conditions de rachat. Aux États-Unis, le marché obligataire soutenu par la titrisation prend un coup.

Le gouverneur de la Banque d’Angleterre perd patience

Les tensions sont vives sur le marché deux semaines après l’intervention de la Banque d’Angleterre (BoE) pour calmer la tempête déclenchée par l’annonce par le nouveau gouvernement d’un plan massif de réduction d’impôts.

Les tensions montent autour des fonds de pension britanniques. Pendant la crise financière, la Banque d’Angleterre a fixé des limites à son intervention, stabilisant la situation pendant dix jours en inondant le marché de liquidités à plusieurs reprises.

“Nous pensons qu’un rééquilibrage doit être fait et mon message aux fonds impliqués et à toutes les compagnies gérant ces fonds est celui-ci: il vous reste trois jours”, a déclaré Andrew Bailey, le dirigeant de la Banque d’Angleterre lors d’une conversation à l’Institut of International Finance à Washington.

La livre sterling est tombée en dessous de 1,10 $ à un moment donné mercredi matin et le taux obligataire britannique à 30 ans a augmenté de plus de 25 points de base. Ils étaient à nouveau au-dessus de 5 %, un niveau atteint le 28 septembre, juste avant que la Banque d’Angleterre n’intervienne pour renflouer le système financier britannique. Les rendements des obligations britanniques à 10 ans ont également dépassé leur sommet de fin septembre. Ils sont désormais supérieurs à 4,55 %.

Les inquiétudes de la Banque d’Angleterre concernent le marché obligataire, où la volatilité et les tensions restent très élevées, touchant à chaque fois les recoins sombres des produits financiers. “Le risque d’une vente dysfonctionnelle et forcée sur ce marché pose un risque sérieux pour la stabilité financière du Royaume-Uni”, a expliqué la banque centrale.

La patience du gouverneur Andrew Bailey semblait s’épuiser mardi soir. Dans un discours très cinglant à Washington, il a averti les marchés que son intervention se terminerait de toute façon vendredi soir. “Mon message aux fonds en question et aux sociétés qui les gèrent est : vous avez trois jours. Il faut faire le tri.”

L’institution monétaire a dû intervenir en achetant des obligations d’État à long terme (« gilts ») et, dans une moindre mesure, des obligations indexées sur l’inflation, une première pour la Banque d’Angleterre. Ces mesures devaient aider les fonds de pension à se sortir d’une situation compliquée.

Fin septembre des positions risquées ont forcé les fonds de pension à faire des appels de marge importants pour restaurer la liquidité, afin qu’ils aient suffisamment d’argent pour couvrir leurs pertes dues à la dévaluation des bons du Trésor.

Le retournement de marché fait mal aux fonds de pension

L’explosion initiale remonte à l’annonce du budget. En proposant un allègement fiscal égal à 1,5 % du produit intérieur brut sans expliquer comment la dotation sera financée, le gouvernement a commencé à semer la panique financière. Les obligations britanniques à 10 ans sont passées de 3,1 % à 4,6 % en 10 jours, un mouvement très inhabituel dans un tel marché.

Ce problème économique a ensuite pollué les marchés financiers, notamment les fonds de pension. Depuis deux décennies, ils achètent des produits financiers (« swaps » de taux d’intérêt) qui rapportent lorsque les taux d’intérêt baissent. Tant que l’inflation est faible et que les taux d’intérêt restent historiquement bas, tout va bien.

Le marché s’est brutalement inversé, l’inflation revenant fortement pendant un an, occasionnant des pertes et les obligeant à rechercher rapidement des liquidités.

« Les problèmes fondamentaux s’accumulent au Royaume-Uni, estime Antoine Bouvet, stratégiste en taux d’intérêt de la banque néerlandaise ING. Il y a le déficit budgétaire, mais aussi le déficit du compte courant, et l’inflation qui flambe [à 10 %]. Tout pousse à une remontée des taux. »

La normalisation monétaire imposée par la banque centrale a affaibli les marchés. Même le Fonds monétaire international s’est dit préoccupé mardi par le fait que ces politiques plus restrictives aient entraîné une réduction des liquidités.

Selon l’agence, il pourrait s’emparer des marchés financiers, d’autant qu’il est difficile de trouver des acquéreurs pour des actifs illiquides dans des situations de stress.

“Les objectifs de la politique budgétaire devraient être alignés sur ceux de la politique monétaire. Si vous avez une banque centrale qui essaie de resserrer” ses taux face à une inflation élevée comme c’est le cas au Royaume-Uni, et qu’en même temps le gouvernement “veut stimuler la demande” avec un paquet budgétaire massif, “c’est comme d’avoir une voiture avec deux personnes qui essaient de tourner le volant dans une direction différente”, a fait valoir Pierre-Olivier Gourinchas, un expert du FMI.

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