Anticipation de la crise économique : Les banques américaines mettent des milliards de $ de côté

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Crise financière : Les banques américaines mettent des milliards de dollars de côté - ©pasja1000 CC0 Creative Commons

Les bilans trimestriels des banques américaines affichent les records provisionnels pour faire face aux défaillances de crédit. La fin de la récession sanitaire n’étant pas plausible.

Les grandes banques aux États-Unis ne peuvent qu’espérer que cette crise sanitaire mondiale ne durerait pas plus longtemps que la crise financière de 2008. Le premier trimestre de l’exercice comptable est fortement marqué par la multiplication des réserves pour résister à la crise générée par cette pandémie macabre.

La suspension brusque des activités économiques

La majorité des échanges commerciaux a été brusquement suspendue depuis la propagation du Covid-19 à travers le monde en frappant les États-Unis en un rien de temps.

Des centaines, voire des milliers d’établissements ont dû prendre la décision de renvoyer un bon nombre de salariés au chômage technique ou pour motif économique. Cette situation a ainsi engendré une réduction de 5,4% de la production industrielle puisque plus de 16 millions d’Américains sont enregistrés au chômage du jour au lendemain.

À partir de la fin du mois de mars, la majorité de la population américaine n’est plus en mesure d’honorer leurs dettes : emprunts à moyen et long terme, crédits à la consommation, factures mensuelles, etc.

Depuis la concrétisation des mesures sanitaires à l’encontre de la pandémie, des succursales se sont hâtées à recourir aux emprunts octroyés par les banques pour pouvoir financer les actifs nécessaires à l’exploitation de leurs activités ou lignes de crédit.

Des bénéfices réduits à moitié à ceux de 2019

L’année précédente, Goldman Sachs a réalisé un bénéfice net de 2,2 milliards de dollars durant le premier trimestre. En 2020, cela a été réduit à la moitié, soit 1,1 milliard de dollars. Les défaillances de crédit observées pour le premier trimestre ont contraint Goldman Sachs à augmenter ses réserves à raison de 937 millions de dollars. Les provisions pour les défaillances de crédits sont alors accrues de quatre fois plus que chaque année.

La situation de détresse que vit l’économie actuelle a conduit Bank of America à accorder une prolongation de trois mois sur l’échéance des mensualités des prêts qu’elle a octroyés aux clients dont 16% concernent des PME. Avec une moyenne de 7,2 milliards de dollars de bénéfice trimestriel depuis l’année 2010, Bank of America voit son bénéfice s’effondrer à plus de 48.4% dès les trois premiers mois de l’année 2020. Bank of America n’affiche que 3,5 milliards de bénéfice net en fin mars 2020 et se trouve dans l’obligation de provisionner 4,8 milliards de dollars pour recouvrir les éventuels impayés.

En 2020, Citigroup affiche un bénéfice net de 2,5 milliards de dollars le premier trimestre contre 5,38 milliards de dollars en 2019. En un an, la différence est évaluée à plus de 46,5%. Pour faire face aux défaillances de crédits ou du moins se maintenir sur le marché, Citigroup met de côté 7 milliards de dollars.

8,3 milliards de dollars de provisions pour JP Morgan Chase

JP Morgan Chase atteint le record en termes de provision pour impayés puisque c’est la banque la plus exposée aux défaillances de crédit aux particuliers et aux entreprises. La banque affiche une provision de 8,3 milliards de dollars dans son premier bilan trimestriel.
Se trouvant dans la même situation que sa consœur JP Morgan Chase, afin de prévenir à l’avalanche attendue de défauts de paiements, Wells Fargo a aussi réservé 4 milliards de dollars.

Cependant, même si le Président américain a octroyé 2200 milliards de dollars pour soutenir l’économie américaine et que les réserves ont été fortement augmentées par les banques, les experts sont toujours pessimistes. Ils estiment que c’est en fait la situation pour le deuxième trimestre qui s’annonce la plus alarmante puisque la fin de la pandémie reste imprévisible et relancer l’économie n’est pas une tâche aisée. Directeurs généraux d’institutions financières, analystes financiers et experts craignent la prolongation des prêts non remboursés jusqu’en 2021.

L’utilité des activités spéculatives en situation de récession

En temps de crise, il est plus judicieux de ne pas débattre sur la réforme structurelle des systèmes bancaires, c’est-à-dire d’une séparation entre les activités de banque d’investissement et celles de banque commerciale. La spéculation suscite des critiques du fait qu’elle apparait comme une forme d’enrichissement sans effort. Le sujet reste longtemps remis en cause depuis les faillites des caisses d’épargne aux États-Unis depuis 1990. À en croire la profession bancaire et certains milieux académiques, cette séparation est au mieux inutile et au pire dommageable puisqu’elles sont complémentaires surtout dans une situation pareille.

Vouloir distinguer les activités risquées des activités non risquées, les activités non spéculatives des activités spéculatives serait illusoire. Il s’avère que toute activité bancaire est risquée, sinon elle devient spéculative.

Étant donné l’obligation d’interruption des activités industrielles, la suspension des échanges commerciaux ainsi que la fermeture de milliers d’entreprises et d’industries depuis le début de la récession sanitaire, les banques ont dû mal à réaliser des bénéfices. Par conséquent, elles ne pourront espérer faire profit que grâce à leurs activités spéculatives.

La spéculation financière concerne en fait les opérations liées aux ventes ou aux achats de titres financiers tels que les placements. Les bénéfices proviennent ainsi des variations des cours de devises ou des taux d’intérêt sur un marché de gré à gré ou un marché organisé.

Toutefois, bien que la banque Goldman Sachs constate une baisse de son bénéfice net par rapport aux emprunts, elle a tout de même affiché une croissance de 33% de ses bénéfices grâce aux produits financiers générés par les devises et obligations appelés Fixed Income. Il en est de même pour Citigroup, qui, grâce à ces activités spéculatives, réalise un accroissement de son bénéfice net trimestriel de 37%, soit une augmentation de 11,6% à celui de 2019.

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