Les entreprises britanniques touchées par le virus trouvent un soutien improbable dans le Brexit

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Brexit - ©Daniel Diaz CC0 Creative Commons

David Merrick s’est lancé depuis un mois dans une course effrénée pour maintenir son entreprise de fabrication en activité. C’est selon lui de mémoire le pire krach économique connu. : Il a licencié 24 de ses 40 employés alors que son chiffre d’affaire a chuté de 50% et a même dû rejoindre ses équipes sur le terrain pour fabriquer des pièces pour les clients.

Alors que le Royaume uni en est à sa quatrième semaine de confinement, à son grand étonnement il trouve de l’aide dans le Brexit qu’il considérait jusqu’alors comme étant un fléo. Le divorce prolongé de la Grande-Bretagne et de l’Union européenne a mis la société de Merrick à rude épreuve depuis 3 ans. L’entreprise, qui produit des composants pour les industries de la production d’électricité et de l’automobile, génère près de la moitié de ses ventes dans l’Union européenne, et l’introduction de droits de douane menace de rendre ses produits plus chers dans l’UE.

L’entreprise a renoncé à investir dans de nouveaux équipements, ce qui a entravé sa capacité d’expansion. David Merrick a dépensé de précieux capitaux pour construire une offre excédentaire de produits alors que le Royaume-Uni se dirigeait vers le bord de la falaise d’un Brexit sans accord en mars 2019. Maintenant, il se trouve étrangement soulagé que tout cela soit passé.

M. Merrick a déclaré qu’il tire des leçons d’un processus jusqu’alors douloureux mais qui paradoxalement lui a finalement permis de conserver de la trésorerie. En effet à chaque nouvelle date butoir, il devait trouver des moyens de constituer des stocks sans pour autant pouvoir investir dans des machines, cela a permis de fournir des liquidités qui auraient été immobilisées dans un actif.

La chance est avec nous ?

La société de Merrick n’est pas la seule à profiter du Brexit. David Lenehan, directeur général de Northern Industrial Electronics Ltd, a déclaré avoir pris les devants en investissant dans des logiciels et de la formation à distance au cas où le Royaume-Uni serait exclu de l’UE sans un accord de libre-échange transitoire. Il voulait s’assurer que son personnel puisse travailler dans l’UE comme par exemple en l’Italie, son plus grand marché étranger, et continuer à y servir des clients.

Maintenant, son équipe commerciale utilise les outils de télétravail au Royaume-Uni. Ainsi il s’estime chanceux d’avoir réagi en amont. Le Brexit n’est peut-être qu’un petit réconfort pour Merrick et Lenehan, et les deux gèrent des petites entreprises.

Ces entreprises et les propriétaires de grandes sociétés britanniques pourraient encore être sous le choc du coronavirus. Mardi, le Bureau de la responsabilité budgétaire du gouvernement a déclaré qu’un blocage de trois mois pourrait réduire l’économie de plus d’un tiers. Selon une enquête publiée la semaine dernière dans un journal anglais le MarketFinance Ltd, deux tiers des petites et moyennes entreprises ont vu leurs carnets de commandes diminuer de moitié au cours des 30 derniers jours. Environ les deux tiers des entreprises interrogées s’attendent à manquer de trésorerie d’ici la fin du mois.

La Grande-Bretagne particulièrement vulnérable

Le manque d’investissements des entreprises durant ces 3 dernières années semble rendre la grande Bretagne encore plus vulnérable. Au quatrième trimestre 2019, le nombre d’entreprises britanniques en « grande difficulté financière » a atteint les 494 000, soit un bond de 81 % depuis le début de 2016 année où le pays a voté pour quitter l’UE, ce qui est considérable.

Certaines entreprises subissent la double peine du Brexit et du covid -19

a déclaré Chris Higson, professeur agrégé de comptabilité à la London Business School.

Prenons l’exemple de BrewDog PLc fabriquant écossais de bières artisanales, plus d’un tiers de ses produits était vendu en Europe continentale. Les Droits de douane et taxes d’un Brexit sans marché annonçaient un scénario « apocalyptique »

Mais en mars, il a vu les revenus de l’entreprise chuter de 70 % en l’espace d’une semaine alors que le Royaume-Uni et d’autres pays fermaient des pubs et des restaurants. Watt dit que son entreprise est bien capitalisée pour résister à la pandémie.

D’autres n’ont peut-être pas cette chance. Une vague de faillites d’entreprises est à venir, et les entreprises avec des « conditions financières préexistantes » seront celles qui tomberont en premier, selon plusieurs experts londoniens dont Mark Phillips, Le Brexit a peut-être rendu les entreprises plus prudentes dans leur approche et il a peut-être ébranlé la rentabilité dans certains domaines, mais il n’a pas causé de stress et de détresse importants. Il a été un avant-gout pour les entreprises.

Merrick dit qu’il est toujours inquiet pour le Brexit. Boris Johnson a réussi à retirer le Royaume-Uni de l’UE le 31 janvier, mais il n’a pas encore signé un accord commercial permanent avec Bruxelles. Malgré la pandémie qui a mis ces négociations en attente, le Premier ministre maintient que d’ici la fin de l’année la grande Bretagne et l’union seront séparées. Malgré cela les petites entreprises continuent d’espérer.

Voulons-nous vraiment essayer de relancer l’économie l’année prochaine alors que le Brexit n’est toujours pas terminé ? serait-ce la meilleure chose à faire ?

s’interroge Merrick.

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