Indépendance d’Arkéa : le mutualisme français en danger

dans Banques

Si le Crédit Mutuel Arkéa obtenait son indépendance vis-à-vis de la Confédération nationale du Crédit Mutuel, l’opération pourrait donner des idées aux filiales des autres banques mutualistes françaises, le groupe Banque Populaire Caisse d’Épargne et le Crédit Agricole. Un danger pour le mutualisme tricolore dans son ensemble.

Toujours aucune avancée notable dans le conflit qui oppose, depuis plusieurs années maintenant, la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM) à sa filiale bretonne, le Crédit Mutuel Arkéa (CMA). Dont le patron, Jean-Pierre Denis, milite plus que jamais pour son indépendance, quitte à rejeter les tentatives de conciliation de sa maison-mère. À tel point qu’aucun dialogue ne semble aujourd’hui possible.

Ainsi, le dossier s’enlise. Et l’on voit mal l’homme d’affaires breton, surnommé le « bonnet rouge de la finance », à qui l’on prête des velléités d’enrichissement personnel dans l’affaire, rétropédaler. Tout comme il est peu probable que la Confédération, accusée de « centralisme » par sa filiale — mais prête à lui offrir davantage de libertés —, renoncer à une entité qui comporte, outre la fédération Bretagne, celle du Sud-Ouest et du Massif central, cette dernière ayant pour sa part annoncé qu’elle souhaitait rester dans le giron de la CNCM.

Perte du statut mutualiste

De la même manière, les autorités compétentes en la matière – la Banque de France, le ministère de l’Économie et la Banque centrale européenne -, restent très critiques à l’égard du projet d’indépendance d’Arkéa. Celles-ci appuient l’unité de la Confédération plutôt que son démembrement. Selon elles, la banque bretonne perdrait son statut mutualiste — et tous ses avantages — une fois la scission effective, faisant courir un risque sérieux à l’épargne de quelque 3 millions de Français.

Risque auquel on peut également ajouter le précédent que créerait l’indépendance d’Arkéa, qui pourrait entraîner d’autres filiales de banques mutualistes tricolores à vouloir l’imiter. Le groupe Banque Populaire Caisse d’Épargne (BPCE) et le Crédit Agricole (CA), qui fonctionnent plus ou moins selon les mêmes principes de gouvernance que ceux de la CNCM (caisses locales, caisses régionales et fédération nationale), pourraient très bien voir, d’ici les prochaines années, l’une de leurs structures exiger, de la même manière qu’Arkéa, son indépendance.

« Risque de réputation »

Il y a dès lors fort à parier que Laurent Mignon et Philippe Brassac, PDG respectifs des deux groupes, suivent de près les péripéties qui affectent leur homologue, non sans inquiétude. Ceci quand bien même un spécialiste du secteur déclarait, l’an dernier, à La Tribune : « Pour prendre son indépendance, il faut en avoir les moyens. Cela suppose une certaine taille et des prérequis : la solidité financière, le niveau de capitalisation, l’autonomie de fonctionnement […]. Ce n’est pas le cas même des plus importants groupes du Crédit Agricole, des Banques Populaires ou des Caisses d’Épargne ».

Pour rappel, ce n’est pas le cas, non plus, du Crédit Mutuel Arkéa, qui ne bénéficie pas, selon ses autorités de tutelles, des armes nécessaires pour devenir pleinement indépendant. Rien n’empêcherait donc le patron d’une filiale des deux autres banques de suivre la voie tracée par le groupe breton, qu’aucun argument ne semble pouvoir raisonner. Pas même celui de voir le système mutualiste tricolore s’effondrer.

Par ailleurs, d’après certains analystes, un « risque de réputation » existe bel et bien, et celui-ci pourrait refroidir les investisseurs étrangers à s’intéresser aux banques mutualistes françaises, autrefois symboles de solidité. Ainsi, même si le groupe Banque Populaire Caisse d’Épargne et le Crédit Agricole ne connaissent pas de pareilles mésaventures à l’avenir, l’indépendance d’Arkéa ne manquera pas de leur porter préjudice sur le plan réputationnel et donc sur le plan financier.