Les mesures prises par Erdogan en Turquie permettent de sauver les apparences

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Alors que la crise entre dans une nouvelle phase, les coûts d’emprunt en Turquie ont grimpé en flèche. L’accélération de la flambée de la dette en dollars du pays et la communauté des affaires habituellement calme ont ouvertement contesté la gestion économique du président Recep Tayyip Erdogan, élu 12e président de la République de Türkiy en 2014. Voici plusieurs éclairages sur la situation.

De nouvelles mesures pour tenter de sauver l’économie du pays

La situation financière de la Turquie s’est détériorée et la communauté des affaires du pays a résisté, indiquant que la crise monétaire qui exerce une pression sur l’économie entre dans une nouvelle phase dangereuse.

Après que le président Recep Tayyip Erdogan ait promis de nouvelles baisses des taux d’intérêt, le taux de change livre-dollar a chuté de près de 9 % lundi, à plus de 17,86, un niveau record. Au cours des derniers jours, les chefs d’entreprise étaient contre le gouvernement et la politique monétaire.

La livre turque s’extirpe de son plus bas historique suite aux annonces

Après que le président turc Recep Tayyip Erdogan ait annoncé des mesures d’urgence, la livre turque a repris des couleurs mardi. Grâce aux mesures d’incitation à l’épargne annoncées par le président turc Erdogan, le taux de change de la livre turque (ou lire) contre le dollar américain a fortement augmenté de près de 25 % depuis le plus bas de lundi, même s’il est très volatile depuis plusieurs semaines.

Afin de mettre fin à la fuite des capitaux, l’homme fort turc a annoncé la mise en place d’un système de protection du taux de change pour empêcher les déposants de subir des pertes dues aux fluctuations des taux de change. Cette annonce s’est accompagnée d’autres mesures, telles que la baisse du taux d’imposition des sociétés et la suppression de l’imposition des obligations d’État.

Les experts estiment que la monnaie turque est affectée depuis de nombreuses années par le refus de Recep Tayyip Erdogan de relever les taux d’intérêt (il l’a décrite comme la mesure “mère de tous les maux”) et son contrôle sur la politique monétaire de la banque centrale locale, seulement nominalement indépendante. Son entêtement a fait grimper le taux d’inflation de 14 % il y a un an à 21,3 % en novembre.

Le chef de l’État turc croit toujours fermement, à l’encontre de la théorie économique largement acceptée, que des taux d’intérêt élevés favorisent l’inflation, plutôt que de la freiner en ralentissant l’activité économique.

Ces derniers mois, il a poussé quatre fois la banque centrale à baisser son taux directeur de 15 % jeudi dernier à 14 %, ce qui est bien en deçà du niveau d’inflation. En d’autres termes : les Turcs qui déposent de la monnaie turque sur des comptes bancaires verront la valeur de ces dépôts fondre chaque mois. On constate qu’avec la hausse des prix à la consommation, les épargnants aux Etats-Unis ou en Europe font de même, mais dans une bien moindre mesure.

Une économie locale mise à rude épreuve

Ces annonces sonnent comme le dernier combat pour sortir la monnaie nationale du gouffre après un déclin sans fin. Depuis janvier de cette année, le taux de change de la livre turque contre le dollar a en effet baissé de 57 %. Cette tendance s’est accélérée au cours des trois derniers mois : bien qu’un euro ait été échangé contre 10 livres turques en septembre, le taux de change est brièvement tombé en dessous de 20 livres turques lundi.

En conséquence, la devise turque a enregistré la pire performance des devises émergentes cette année, loin devant l’Argentine et l’Éthiopie, qui ont baissé respectivement de 19 % et 18 % cette année.

En somme, la baisse du pouvoir d’achat provoquée par la chute de la livre turque a suscité l’indignation de l’opinion publique : des manifestations contre les politiques économiques ont eu lieu à Istanbul et à Ankara.

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