Le groupe Axa a annoncĂ© un moratoire sur la production de crĂ©dits immobiliers dans une circulaire interne envoyĂ©e Ă ses salariĂ©s. Le produit n’est plus rentable, plombĂ© par la hausse des taux d’intĂ©rĂȘt.
La baisse du nombre de crédit inquiÚte
La production de crĂ©dits immobiliers est retombĂ©e au plus bas niveau depuis 2015, les banques s’inquiĂštent, et le ministĂšre de l’Economie envisage mĂȘme d’assouplir les conditions d’octroi des crĂ©dits pour allĂ©ger la pression.
Les critĂšres du HCSF remis en cause
Depuis du 1er janvier 2022, les banques françaises doivent rĂ©pondre Ă certains critĂšres fixĂ©s par le Haut Conseil de StabilitĂ© FinanciĂšre (HCSF) pour valider lâoctroi dâun crĂ©dit immobilier : le profil de lâemprunteur ne doit pas se traduire par des mensualitĂ©s de prĂȘt supĂ©rieures Ă 35% de ses revenus mensuels, et le prĂȘt ne peut pas sâĂ©taler sur plus de 25 ans (27 ans dans certains cas).
Des dérogations au cas par cas
Cependant, les agences ont la possibilitĂ© d’appliquer des dĂ©rogations Ă ces normes pour 20 % des prĂȘts, Ă condition que ces dĂ©rogations concernent l’achat d’une rĂ©sidence principale et visent Ă soutenir les primo-accĂ©dants Ă la propriĂ©tĂ© dans un tiers des cas.
PrĂȘt immobilier : plombĂ© par la hausse des taux, Axa Banque suspend son activitĂ© https://t.co/Syi0AHB8Sf pic.twitter.com/Kx0fX89s3r
— MoneyVox (@moneyvoxfr) April 5, 2023
LâactivitĂ© bancaire dâAxa suspendue
C’est donc un autre signal des difficultĂ©s du marchĂ© immobilier en ce moment. Alors que le coĂ»t du crĂ©dit s’est envolĂ©, atteignant dĂ©sormais prĂšs de 3% en moyenne, Axa Banque a dĂ©cidĂ© de suspendre ses activitĂ©s concernant les crĂ©dits immobiliers Ă partir du 7 avril.
La directrice gĂ©nĂ©rale d’Axa Banque HĂ©lĂšne Massard en a fait l’annonce dans une note interne transmise aux agents le 3 avril. En 2021, AXA a gĂ©nĂ©rĂ© 930 millions d’euros de prĂȘts immobiliers, avec un encours total de 6,9 ââmilliards d’euros.
« Cette dĂ©cision ne vient pas impacter l’orientation stratĂ©gique d’Axa Banque Ă savoir la poursuite de la bancarisation des clients d’Axa, le dĂ©veloppement des activitĂ©s de prĂȘts personnels, de crĂ©dits renouvelables ou d’Ă©pargne financiĂšre », a indiquĂ© Axa Banque Ă Challenges.
La remontée des taux en cause
Le branche bancaire du gĂ©ant de l’assurance a justifiĂ© la mesure par « des hausses sĂ©quentielles des taux d’intĂ©rĂȘt directeurs dĂ©cidĂ©es par la Banque centrale europĂ©enne (BCE) », qui ont fait « augmenter les coĂ»ts de refinancement plus rapidement que les taux d’intĂ©rĂȘt ».
Des marges insuffisantes
Dans sa note, le groupe explique que les marges sur le produit sont dĂ©sormais insuffisantes. Le crĂ©dit immobilier ne sera Ă nouveau disponible chez AXA que si « les conditions de marchĂ© permettent une restauration des marges dans cette branche d’activité ». Selon un confrĂšre de Challenges, ce produit ne reviendra que si la banque gagne Ă nouveau de l’argent grĂące Ă l’activitĂ©.
Le secteur bancaire en difficulté face à la remontée des taux
Depuis le 1er avril, le taux d’intĂ©rĂȘt maximum (taux d’usure) des prĂȘts personnels Ă l’achat d’un logement a Ă©tĂ© portĂ© Ă 4 % pour une durĂ©e de 10 ans. Depuis le 1er avril, le prĂȘt maximum a Ă©tĂ© fixĂ© Ă 4,24 % pour les prĂȘts de 20 ans et plus.
Mais malgrĂ© la dĂ©cision de la Banque de France de relever le plafond plus rĂ©guliĂšrement, l’Ă©quation Ă©conomique reste trop complexe pour les banques.
Une tendance générale
La dĂ©cision confirme les tendances actuelles dans l’industrie. Le montant des nouveaux crĂ©dits immobiliers Ă©mis en fĂ©vrier a chutĂ© Ă 14,6 milliards d’euros en fĂ©vrier, soit une baisse de 40 % en un an, selon les chiffres publiĂ©s par la Banque de France lundi 3 avril.
Ă Bercy, on note que « la rĂ©duction de lâoctroi de nouveau crĂ©dit s’explique avant tout par la hausse des taux d’intĂ©rĂȘt ».Â
Aujourd’hui, les banques utilisent des taux Ă©levĂ©s pour se refinancer et n’arrivent pas toujours Ă conserver des profits en proposant des taux de crĂ©dit suffisamment Ă©levĂ©s aux clients qui sont protĂ©gĂ©s par des taux d’usure encore bas.
« Câest ce qui arrive quand on prend un choc obligataire de 300 points de base en moins dâun an », rĂ©sume un banquier.
