Qu’est-ce qui a fait baisser le cours de bourse de Casino ?

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Enseigne groupe Casino - ©Groupe Casino

Après Carrefour le mardi 28 juillet, le groupe Casino communiquait, le jeudi 30 juillet, ses résultats pour le premier semestre 2020, ainsi que son chiffre d’affaires pour le T2.

Les résultats de Carrefour ont été accueillis favorablement en bourse, avec une hausse de 3,81% du cours à la clôture. Une situation bien différente pour Casino qui a dévissé dès l’annonce de ses résultats, pour atteindre un plus bas historique, et clôturer avec une baisse de 13,12%. Depuis, cette séance, suscite nombre d’hypothèses. Pourquoi une telle baisse ? Quel rôle ont joué les fonds shorts ? Est-ce une sanction naturelle du marché du fait de résultats semestriels décevants ou y-a-t-il eu une action concertée sur le cours ? Décryptage d’une séquence boursière pas comme les autres.

Si toutes les enseignes du groupe Casino sont désormais rentables et si les performances ont été au rendez-vous sur le e-commerce, via Cdiscount, et ses 1 million de nouveaux clients au T2, sur la proximité, portées par les enseignes Monoprix, Franprix ou encore Naturalia, et sur l’innovation, avec les 7 millions de clients déjà livrés par Monoprix Plus, un service qui s’appuie sur l’entrepôt automatisé du groupe basé sur la technologie Ocado, les opérateurs et les fonds n’ont visiblement retenu que le résultat opérationnel courant (ROC) qui ressort en baisse de 3,6%, à 386 millions d’euros.
Un ROC en partie grevé par la prime exceptionnelle versée aux salariés, pour les récompenser de leur mobilisation au plus fort de la crise sanitaire, ainsi que par les différents coûts logistiques afférents à la situation sanitaire. Deux jours auparavant, le groupe Carrefour, pourtant en souffrance sur son format hypermarché, très déclinant sur le marché français ces derniers mois, comme l’ont montré les différentes livraisons de l’Institut Nielsen, et peu présent sur les formats porteurs, sortis renforcés de la crise, que sont la proximité, le e-commerce, alimentaire et non-alimentaire, annonçait une forte progression de son ROC à +29% à changes constants, à 718 millions d’euros. Contraste saisissant entre Carrefour et le groupe Casino, même si, comme souvent, la réalité des chiffres est un peu plus complexe qu’il n’y paraît. En effet, Carrefour, contrairement au groupe Casino, a choisi, contrairement aux recommandations de l’Autorité des marchés financiers (AMF), de ne pas comptabiliser dans le calcul de son résultat opérationnel courant les coûts liés au Covid-19. Les mêmes coûts qui ont plombé les résultats de Casino et, sauf surprise, les mêmes causes ayant souvent les mêmes effets, auraient dû également tirer le ROC vers le rouge du côté du groupe présidé par Alexandre Bompard.

Les fonds spéculatifs de nouveau à l’attaque ?

Ses subtilités comptables n’ont visiblement guère retenu l’attention des opérateurs, des analystes, et encore moins celle des commentaires, visiblement trop pressé de mettre sous presse avant le début des vacances. “Descente aux enfers” pour les uns, ou absence de perspectives et impasse pour les autres, il est peu dire que les observateurs ont choisi de recourir au registre de l’hyperbole pour décrire la situation du groupe Casino. La comparaison, vaut ce qu’elle vaut, mais ne manque pas d’entrer en résonance avec les mouvements sur les titres qui, pour leur part, tendent à accréditer l’idée que le distributeur stéphanois serait de nouveau sous le feu des attaques de fonds spéculatifs, s’appuyant sur des rumeurs.

Les fonds se sont, en effet, grandement renforcés le jeudi 30 juillet, tandis que d’autres acteurs se sont joints à la nuée des vendeurs à découvert. Tybourne Capital Management a augmenté de 18,88% sa position vendeuse sur le titre, portant l’ensemble des actions détenues par le fond à 1,70% du capital. Tandis que, et de manière quelque peu spectaculaire, Citadel Europe LLP a accru de 62% sa position vendeuse, pour un total de 0,8% des titres Casino détenus par le fond. Du côté des entrants, Systematica Investments a ouvert une position vendeuse portant sur un total de 552 974 titres, pour se joindre également à la curée. Car la ruée sur les titres observée ces dernières heures, n’a pas manqué, et le contraire aurait été étonnant, de faire rejaillir les rumeurs qui jalonnent l’histoire récente de Casino, entre hypothèse d’un dépeçage et celle, plausible, d’une OPA.

Casino, nouveau Darty d’Alexandre Bompard ?

Si la prudence est de mise, et si toutes les hypothèses ne se valent évidemment pas, les yeux se tournent, comme deux ans auparavant, du côté de l’autre acteur majeur de la distribution hexagonale, le groupe Carrefour et son PDG Alexandre Bompard. Avec un cours en bourse de Casino à ses plus bas historiques depuis 1996 selon certains observateurs, et bien que Casino soit côté depuis le début du XXe siècle, jamais le groupe présidé par Jean-Charles Naouri n’a semblé aussi accessible pour les concurrents désireux de s’emparer des assets stratégiques du distributeur que sont les enseignes de proxi, la filiale e-commerce ou les innovations technologiques (entrepôts automatisés, magasins autonomes ou encore entités spécialisés dans l’analyse de données et le marketing). De là à considérer que les short sellers seraient animés par des objectifs dépassant, de loin, les seules considérations spéculatives il n’y a qu’un pas, que nous nous garderons bien évidemment de franchir, mais que d’autres avant nous ont souligné. Quoi qu’il en soit, cette baisse historique du cours du distributeur stéphanois, ne manque pas de constituer comme une “divine surprise” pour les autres colosses du secteur, encore trop massivement investis et exposés au format hypermarché, qui reste un moteur de croissance à l’international, et notamment au Brésil pour Carrefour, mais n’apparaît guère comme très pérenne sur le marché français, où l’évolution des modes de vies, et notamment en milieu urbain, tend à reléguer aux rebus de l’histoire ce format. Reste à voir si les prochains jours verront des concurrents de Casino, désireux de réussir un shift stratégique, se déclarer plus ouvertement. Ou bien si, comme en 2018 et 2019, toutes ces rumeurs qui bruissent dans la place parisienne, ne survivront pas à la rentrée de septembre. Wait and see.

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