L’inspection des Finances est morte, vive l’inspection des Finances

/
Centre des finances publiques
Centre des finances publiques - ©CC0 Creative Commons

L’inspection générale des Finances, c’est fini. Sur le papier du moins, car dans les faits, le vaste réseau tissé par les membres de ce « grand corps » n’aura de cesse de fourmiller.

S’ils ont bien tenté de sauver leur peau, les membres de l’Inspection Générale des Finances (IGF) n’auront pas résisté aux coupes claires décidées par Emmanuel Macron. À tel point que la dissolution de ce corps de fonctionnaires dans la nouvelle catégorie des 12 000 « administrateurs de l’État » est — avec la transformation de l’ENA — la mesure phare de la réforme de la haute fonction publique initiée par le président. Si l’IGF ne disparaîtra pas en tant que service du ministère des Finances, fini le statut à vie pour les inspecteurs, celui-là même qui leur permettait de retrouver leur place à tout moment.

Ces derniers de manifester leur désarroi : « un sentiment commun nous unit certainement : celui de la tristesse. Tristesse en évoquant l’exceptionnelle contribution des membres de notre Corps au service de l’intérêt général et de l’économie », écrivait ainsi Jean Lemierre, président de l’association des membres de l’IGF, il y a quelques semaines, dans Le Crayon vert, le bulletin interne de l’inspection des Finances.

Pantouflage et entre-soi

Un sentiment pas toujours partagé. En cause, les nombreuses dérives associées aux parcours « atypiques » des inspecteurs, habitués à naviguer entre sphère publique et privée — une pratique communément appelée le « pantouflage » —, avec les conflits d’intérêts inhérents à ce genre de va-et-vient. Sans oublier, bien sûr, les scandales historiques dont certains d’entre eux ont fait l’objet par le passé, à l’instar de Jean-Yves Haberer (Crédit lyonnais) ou encore Jean-Marie Messier (Vivendi).

« Cette aristocratie se sentait au-dessus des règles et se complaisait dans une forme d’arrogance », commente ainsi le politologue Luc Rouban. Et celui-ci de poursuivre : « depuis, l’IGF est redevenue une bourgeoisie plus discrète ». Mais pas moins efficace pour autant : être inspecteur général des Finances c’est en effet appartenir à un vaste réseau composé de cadors de la finance : Emmanuel Macron lui-même, Stéphane Richard (Orange), Alexandre Bompard (Carrefour), Frédéric Oudéa (Société Générale) ou encore Pierre-André de Chalendar (Saint-Gobain) comptent ainsi parmi les éminents membres de cette grande famille, qui se retrouvent régulièrement à l’occasion d’événements mondains organisés par l’association, et qui, surtout, savent se rendre service.

En 2018, le haut fonctionnaire Sébastien Proto a par exemple quitté la banque Rothschild pour rejoindre la Société Générale, sous la houlette de son confrère Frédéric Oudéa, quand Marguerite Bérard rejoignait de son côté BNP Paribas, « après avoir été cooptée par François Pérol à BPCE », précise le magazine Challenges. Plus critiquée, la récente nomination de Julien Carmona à la présidence du Crédit Mutuel Arkéa par son camarade Jean-Pierre Denis met en exergue l’entre-soi et l’outrecuidance que certains reprochent aux membres de l’IGF.

Car les années Denis ont été synonymes de polémiques en cascade pour la banque mutualiste. Rémunérations illégales, pressions patronales, investissements douteux…. Autant de fausses notes qui auraient dû, selon certains observateurs, amener Jean-Pierre Denis à quitter le Crédit Mutuel Arkéa par la petite porte. Et non pas choisir son propre successeur, qui plus est un inspecteur des finances, faisant dès lors du Crédit Mutuel Arkéa le pré carré des membres de l’IGF.

Vers la fin des abus ?

Mi-mars 2021, la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique a pris une décision rarissime : elle a interdit à Grégory Emery, ancien conseiller sanitaire d’Olivier Véran, de rejoindre Korian, le géant français des maisons de retraite. La raison ? « L’homme connaît les secrets des politiques de santé du gouvernement », indique l’émission Complément d’enquête consacrée au sujet et diffusée début juin.

Les prémices de la fin des « pantouflages » ? Rien n’est moins sûr : « pour un refus, combien de transferts sont-ils tolérés, voire encouragés ? », s’interroge ainsi Complément d’enquête. Quand le média contestataire Bastamag a pour sa part un avis plus tranché : « malgré la disparition éventuelle de l’ENA, la connivence entre l’État, la finance et de gros intérêts privés, risque donc d’avoir encore de beaux jours devant elle. »

Précédent

Les traders sont maintenant sur leur mobile

Suivant

Ethereum : son co-fondateur abandonne t’il les cryptos ?

Derniers articles de Finance