Crédit Mutuel Arkéa, un projet d’indépendance lourd de conséquences

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À cause d’un projet d’indépendance dont l’échec semble plus que jamais inévitable, le Crédit Mutuel Arkéa enchaîne les couacs et les désillusions. Le dernier et non des moindres : la démission de son directeur général, Ronan Le Moal.

Les nuages s’accumulent, et la présentation des résultats annuels du Crédit Mutuel, mardi 3 mars, n’a pas permis de les dissiper. La banque Crédit Mutuel Arkéa (CMA), dont la direction bataille depuis plusieurs années pour obtenir son indépendance du Crédit Mutuel, continue d’accumuler les mauvaises nouvelles : départ effectif de sa Fédération du Massif Central, recapitalisation en urgence de sa filiale d’assurance-vie, échec du rachat de Socram Banque, dégradation de sa note financière par l’agence Moody’s et, last but not least, départ inopiné de son directeur général, Ronan Le Moal. Autant de déconvenues qui augurent mal du projet séparatiste porté par son président, Jean-Pierre Denis. Panorama non exhaustif des difficultés du CMA…

La fédération du Sud-Ouest met les voiles

 Chose promise, chose due : comme il l’avait annoncé en septembre 2019, le Crédit Mutuel Massif Central, qui avec ceux de Bretagne et du Sud-Ouest composait encore le groupe Arkéa, a officiellement quitté le giron de la banque bretonne le 1er janvier dernier. Opposée au projet d’indépendance, la fédération rejoint le Crédit Mutuel Alliance Fédérale, dont le président, Nicolas Théry, s’est félicité de cette prise de guerre, y voyant « le fruit d’un projet commun (qui) s’inscrit dans le prolongement d’une démarche d’ouverture, de coopération et de solidarité, au sein d’un groupe Crédit Mutuel uni ». Pour Arkéa en revanche, il s’agit là d’un indiscutable coup dur dans sa longue marche vers l’indépendance.

La recapitalisation de « la vache à lait » Suravenir, « un premier signal »

Mais c’est loin d’être le seul : au début du mois d’octobre dernier, on apprenait ainsi que le groupe breton avait dû, au cours de l’été, recapitaliser en urgence sa filiale d’assurance-vie, Suravenir. Dans un contexte de taux négatifs très défavorables, Arkéa a ainsi dû injecter pas moins de 540 millions d’euros — plus d’un demi-milliard quand même — dans sa succursale : une somme qui représente pour le groupe l’équivalent de plus d’une année de résultat net et qui va, mécaniquement, dégrader son ratio de solvabilité.

« Ce résultat est le reflet de la stratégie de la direction d’Arkéa qui, pour légitimer son projet (…), a besoin de faire croître (…) la taille du bilan de son groupe et (de Suravenir) qui en demeure la vache à lait. (…) Cette politique est contraire à l’intérêt des assurés qui voient le rendement de leur placement se dégrader (…). L’aventure du projet d’indépendance (…) suppose une croissance à tout prix. L’histoire montre que toutes les institutions financières (…) qui ont suivi de telles stratégies ont été confrontées à de graves situations de crises mettant en péril leur survie. La nécessité de recapitaliser Suravenir constitue, aujourd’hui, un premier signal pour le groupe Arkéa », s’est alarmé à cette occasion le collectif « Restons Mutualistes ».

L’échec de la reprise de Socram Banque

 La recapitalisation de Suravenir a eu d’autres conséquences fâcheuses. En vente depuis l’été 2019, la Socram Banque, qui a célébré ses cinquante ans d’existence, devait être rachetée par Arkéa, qui s’était montrée intéressée à condition de ne reprendre que 150 de ses 210 salariés. Las, les innombrables difficultés rencontrées par le groupe breton l’ont conduit, le 11 octobre dernier, à annoncer l’abandon pur et simple du projet de rachat de la banque niortaise. Résultat, les employés de la Socram sont plus que jamais dans l’incertitude, « sans vision à long terme sur leur activité », selon La Nouvelle République.

Moody’s tacle sévèrement le projet d’indépendance

 Plus grave encore, l’agence de notation financière Moody’s a annoncé, le 31 octobre dernier, avoir abaissé à « négative » la perspective de la notation à long terme du CMA. En cause, encore une fois, le projet d’indépendance : « le processus de séparation fera probablement face à des obstacles plus importants que prévu, ce qui le rendra plus long et son issue plus incertaine », argumente l’agence dans une note. Et si séparation il y a, celle-ci « pourrait entraîner une baisse de deux crans de sa notation », prévient Moody’s, qui rejoint sur ce point l’appréciation négative d’autres prestigieuses agences de notation.

Le départ de Ronan Le Moal, le coup de grâce ?

 Serait-ce le coup de grâce porté au projet de scission ? À la stupéfaction générale, sans aucun signe annonciateur et alors qu’il semblait porter le projet d’indépendance depuis le début, Ronan Le Moal, l’historique DG d’Arkéa, a présenté sa démission le 12 février. Officiellement, pour réaliser ses rêves « d’entrepreneur » ; officieusement, il se murmure dans les coulisses que ce départ précipité serait la conséquence de la dégradation des rapports entre M. Le Moal et Jean-Pierre Denis, le premier ne pouvant que constater l’impasse du projet soutenu contre vents et marées par le second. Citée dans Le Figaro, une source considère même qu’en partant, Ronan Le Moal « prend acte de la fin du projet d’indépendance ». S’il n’était pas spécialement apprécié des syndicats maison, notamment en raison de ses salaires faramineux — dont l’éventuelle illégalité alimente la polémique ces derniers jours —, le départ de Ronan Le Moal « n’est pas une bonne nouvelle pour le groupe », déplore la CFDT. Une de plus.

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