Depuis des mois, les rĂ©seaux de l’immobilier de luxe rappellent que le secteur ne traverse pas de crise. Les statistiques leur donnent raison Ă plusieurs Ă©gards, mais certaines tendances Ă©mergentes sont similaires Ă ce que vivent dĂ©jĂ les rĂ©seaux gĂ©nĂ©ralistes.
Une année historique mais des doutes apparaissent
Alors que le marchĂ© immobilier a connu un retournement entre prix stagnants et difficultĂ©s de financement croissantes, les marchĂ©s du haut de gamme et du luxe font figure d’exception notable.
La guerre en Ukraine, la hausse des taux d’intĂ©rĂªt et l’incertitude Ă©conomique… rien ne semble freiner le marchĂ© de l’immobilier de luxe.
Cependant, ce marchĂ© n’est peut-Ăªtre pas aussi statique et insubmersible qu’il n’y paraĂ®t. Le verre est actuellement rempli aux trois quarts, les volumes et les prix restent exceptionnellement Ă©levĂ©s, la clientèle Ă©trangère revenant en grand nombre.
Selon l’expert Daniel FĂ©au, le prix moyen sur ce segment du marchĂ© parisien l’an dernier Ă©tait de plus de 17 000 euros le mètre carrĂ©. C’est 7 000 € de plus que le prix moyen constatĂ© par un notaire parisien au rayon de l’immobilier plus classique.
Encore plus frappant, la surcote payĂ©e pour les propriĂ©tĂ©s avec jardins ou terrasses. Sur ce segment, le prix moyen au mètre carrĂ© dĂ©passe les 21 000 euros. Concrètement, Daniel FĂ©au explique que la prĂ©sence d’espace extĂ©rieur augmente le prix de 25 %. L’Ă©cart est historiquement haut, d’après les professionnels de l’immobilier du luxe, il s’est particulièrement creusĂ© depuis les premiers confinements.
Mais si on se concentre sur le petit quart de verre vide, on remarque aussi que les négociations commencent à se durcir, ou que certains dossiers de plusieurs millions d’euros disparaissent à cause de problèmes de financement, ou encore que le marché locatif connaît de grosses difficultés concernant l’offre.
Les chiffres des principaux réseaux immobiliers du luxe
Le rĂ©seau de l’immobilier de luxe s’est livrĂ© Ă une vĂ©ritable course aux superlatifs pour dĂ©crire son annĂ©e 2022. Sotheby’s se rĂ©jouit d’une « annĂ©e record inespĂ©rĂ©e », avec des ventes de 1,61 milliard d’euros sur le rĂ©seau français.
De son cĂ´tĂ©, Daniel FĂ©au a notĂ© que « le marchĂ© du luxe devient de plus en plus dĂ©corrĂ©lĂ© par rapport au marchĂ© global », avec un prix de vente moyen de 17 236 €/m² et qui continue de grimper, y compris en 2022.
Si les niches de marchĂ© concernant les biens situĂ©s entre 1,5 et 3 millions d’euros ont Ă©tĂ© tirĂ©es vers le bas par des ventes plus difficiles de grands appartements familiaux haussmanniens, les volumes d’affaires globaux sont tout de mĂªme supĂ©rieurs de 40% aux chiffres de 2019.
Pour sa part, Coldwell Banker estime que l’immobilier de luxe reprĂ©sente un secteur de l’économie imperturbable en 2022, tandis que le chiffre d’affaires de Barnes a augmentĂ© de 10% au total.
Les étrangers représentent 33% des achats
Un autre moteur de ce marché de prestige est clairement la clientèle étrangère. Les étrangers reviennent vraiment en force depuis que les confinements les ont tenus éloignés durant quelques mois/années. Avec des marchés traditionnels qui se durcissent et de plus en plus de Français qui peinent à obtenir leur crédit, le luxe a pleinement profité du retour des étrangers.
Ces clients ont reprĂ©sentĂ© près d’un tiers des achats l’an dernier, contre environ 20 % au plus fort de la crise sanitaire. En termes de super luxe, il y a encore plus d’Ă©trangers. Près de 40 % des ventes dĂ©passent les 3 millions d’euros.
En termes de nationalitĂ©s, les EuropĂ©ens de l’Ouest sont les plus nombreux. Ils reprĂ©sentent plus de 40% des ventes aux Ă©trangers. Ils sont suivis par les Nord-AmĂ©ricains et les EuropĂ©ens de l’Est. Les acheteurs du Moyen-Orient, du Golfe et du Maghreb reprĂ©sentaient 10 %, tandis que les Asiatiques restaient minoritaires, ne reprĂ©sentant que 5 % des ventes.
Non seulement beaucoup d’entre de ces Ă©trangers sont frustrĂ©s de ne pas avoir pu rĂ©aliser leur projet Ă cause du Covid, mais ceux dont la fortune est dĂ©sormais libellĂ©e en dollars (ou en francs suisses) en profitent Ă©galement grandement grĂ¢ce Ă un taux de change beaucoup plus favorable. Si l’on ajoute que, pour les AmĂ©ricains, les conditions d’emprunt sur le sol français sont deux fois plus avantageuses que chez eux, c’est une bonne raison d’acheter.
