Départ de Jean-Pierre Denis : quel avenir pour le Crédit Mutuel Arkéa ?

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Arkéa - ©arkea.com

Un an après la démission de son numéro deux, l’emblématique président d’Arkéa claque lui aussi la porte de la banque bretonne, après 12 ans de service, actant ainsi, pour de nombreux observateurs, l’échec de son projet d’indépendance. L’occasion de revenir sur un bilan honorable, bien qu’entaché de polémiques, et de s’interroger sur l’avenir d’une banque qui devrait peu à peu rejoindre le giron du Crédit Mutuel.

Le départ surprise de Jean-Pierre Denis

C’est la conclusion attendue, bien que précipitée, d’une des plus longues et rocambolesques sagas bancaires que la France ait connues au cours des dernières années. Lundi 15 mars, le président du Crédit Mutuel Arkéa (CMA), Jean-Pierre Denis, a officiellement annoncé qu’il quittera son poste à la tête de la banque bretonne le 11 mai prochain. L’emblématique patron avait convoqué ce même jour les conseils d’administration des fédérations de Bretagne et du Sud-Ouest, qui composent le CMA, devant lesquels il a partagé son intention de ne pas solliciter le renouvellement de son mandat lors de la prochaine assemblée générale du groupe.

« C’est avec une grande émotion que je m’apprête, après plusieurs mois de réflexion, à passer le témoin », a déclaré l’intéressé. Après douze ans de services, Jean-Pierre Denis a néanmoins tenu à assurer qu’il « demeurera à la pleine disposition du Crédit Mutuel Arkéa (pour) accompagner notamment son successeur dans la période de transition qui s’annonce ». Du côté du Crédit Mutuel Alliance Fédérale, la confédération qui chapeaute les diverses entités du groupe, on salue « l’artisan du développement du CMA dans les territoires de Bretagne et du Sud-Ouest et à travers ses filiales ». « C’est un nouveau chapitre qui s’ouvre », a sobrement commenté le patron de la confédération, Nicolas Théry.

Un bilan terni par les scandales et polémiques

De fait, une page se tourne bien pour le CMA, sonnant par là même l’heure du bilan. Ouverte en 2008, la période Jean-Pierre Denis restera ainsi, pour l’établissement, synonyme de croissance et de diversification réussie : sous sa houlette, les résultats d’Arkéa n’ont cessé de progresser, et la banque a opéré un virage réussi – et plutôt visionnaire – vers les « FinTech », ces services financiers en ligne dont la popularité explose auprès des consommateurs. « La direction d’Arkéa a fait un magnifique travail », estime dans la presse locale un proche de Jean-Pierre Denis : « la banque dégage d’excellents résultats, au service des entrepreneurs de la région (bretonne). C’est une banque agile et modernisée au travers de marques fortes comme Fortuneo ou Leetchi ».

Mais si le nom de Jean-Pierre Denis restera dans les annales bancaires, c’est aussi et surtout en raison du projet d’indépendance que le futur ex-président d’Arkéa a défendu pendant la majeure partie de son mandat. Plus que tout, Jean-Pierre Denis voulait « sa » banque : c’est dans la poursuite de cet objectif ultime que le patron s’est, pendant des années, violemment opposé au Crédit Mutuel Alliance Fédérale. Et c’est, à n’en pas douter, parce qu’il n’est jamais parvenu à ses fins qu’il tire aujourd’hui les leçons de son échec personnel en abandonnant la présidence d’Arkéa. Un départ dont l’annonce a surpris, mais qui devenait inéluctable, Jean-Pierre Denis ayant déjà averti il y a plusieurs mois sa progressive mise en retrait de ses fonctions exécutives et s’étant fait excuser lors de la présentation des résultats annuels du CMA, le 24 février dernier.

Enfin, l’ère Jean-Pierre Denis restera comme celle des scandales et polémiques – pour beaucoup d’entre eux, liés au projet d’indépendance. Ainsi de cette désormais fameuse « manifestation de banquiers » organisée et intégralement financée par la direction du CMA en 2018, marche à laquelle les salariés du groupe avaient été sommés de se joindre, sous peine de sanctions. On se souviendra également de Jean-Pierre Denis pour son goût prononcé pour l’argent et le luxe : le journal Mediapart avait ainsi épinglé le patron pour ses rémunérations « mirobolantes » et illégales au regard du statut coopératif d’Arkéa, le président du groupe s’attribuant en 2016 et 2017 un salaire total (fixe et variable) d’1,6 million d’euros, soit un montant supérieur à ce que gagnent bien des patrons d’entreprises du CAC 40.

Un départ qui sonne le glas du projet d’indépendance

Son concepteur et promoteur parti, qu’adviendra-t-il du projet d’indépendance ? Si ce dernier est, pour le moment, officiellement maintenu et fait même partie des priorités stratégiques du groupe à l’horizon 2024, la plupart des observateurs s’accordent à le considérer comme mort-né. Le départ de Jean-Pierre Denis fait en effet suite à celui de son ex-numéro deux, Ronan Le Moal, qui a claqué la porte d’Arkéa un an plus tôt, après avoir porté le projet pendant de longues années.

Et nul ne sait si la nouvelle directrice générale du CMA, Hélène Bernicot, aura à cœur de mener avec la même détermination que ses prédécesseurs une croisade qui semble perdue d’avance, et ce alors que la Banque centrale européenne a remisé le projet d’indépendance aux oubliettes en raison de la crise sanitaire. Seuls quelques élus locaux semblent encore y croire, tablant sur une hypothétique « carte bretonne à l’approche des élections régionales », selon un banquier du cru.

Un avenir incertain

Demeure donc l’épineuse question de la succession de Jean-Pierre Denis. Cet homme – ou cette femme – « sera élu dans le respect des règles et du calendrier de gouvernance du groupe », assure le CMA dans un communiqué. Si « quelques administrateurs s’inquiètent de l’arrivée d’une personnalité extérieure à la Bretagne, au monde bancaire et mutualiste », il lui faudra surtout « entrer dans le costume », observe-t-on en interne. Dans une volonté manifeste d’apaisement, Nicolas Théry s’est, quant à lui, déclaré « heureux de rencontrer la personne qui succédera à Jean-Pierre Denis et, si elle le souhaite, de venir à la rencontre des élus et dirigeants » du CMA.

Une tâche qui lui sera grandement facilitée par le fait qu’Hélène Bernicot a, contrairement à son prédécesseur Ronan Le Moal, choisi de siéger au sein des instances de la confédération. Un symbole qui semble acter la fin des hostilités et le fait qu’au-dessus de Brest, le vent a bel et bien tourné.

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